L’Homme, le meilleur ami du virus

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#LaTransition |Les atteintes à la biodiversité, assorties à une mondialisation échevelée, favorisent l’apparition de virus, bien plus résistants que nous ne le sommes.

''ces perturbations se produisent dans un contexte de connectivité internationale'' (The Conversation)
''ces perturbations se produisent dans un contexte de connectivité internationale'' (The Conversation)• Crédits : Orbon Alija - Getty

Les crises donnent souvent raison aux Cassandre. Pas à tous bien sûr, mais on trouvera toujours quelqu’un dont les propos ou les actes, qu’on jugeait inaudibles ou absurdes en leur temps, finissent par être réévalués positivement. Roselyne Bachelot occupe ce poste enviable depuis quelques jours. Spectaculaire réhabilitation, pour celle qui, ministre de la Santé, dût subir les moqueries et les attaques en 2009, après avoir commandé trop de vaccins et trop de masques pour lutter contre le virus H1N1.

Cette dernière leçon devrait au moins inciter les professionnels du commentaire à la prudence, eux dont les propos donnent le ton du débat public : ils se trompent souvent. Dès lors, il n’est pas superflu, en ces temps de crise sanitaire, d’écouter ce qu’ont à nous dire de l’avenir ceux qui ont tenté de nous alerter dans le passé.

Jared Diamond fait partie de ceux-là. Diamond est un scientifique nord-américain, géographe et biologiste, il est l’auteur d’’’Effondrement. Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie’’. Considéré à tort comme le premier collapsologue, il étudie les raisons qui ont conduit certaines sociétés à s’effondrer, quand d’autres ont réussi à éviter le pire. Sa parole est précieuse : il cosigne ce lundi, avec le virologue Nathan Wolfe, un article pour le site AOC : ‘’Le prochain virus’’.

Le prochain virus, nous disent les auteurs, c’est celui qui succèdera à coup sûr au Covid-19, si les mesures pour éviter une nouvelle pandémie ne sont pas prises, ‘’si le gouvernement chinois ne met pas un terme définitif aux marchés de ventes d’animaux sauvages pour l’alimentation et la médecine traditionnelle’’.

Cela parait simple, mais ça ne l’est pas. Certes, explique Jared Diamond, la Chine est capable (on l’a vu) d’imposer des mesures drastiques à ses ressortissants, mais ces marchés d’animaux sauvages ‘’représentent bien plus qu’un simple mets délicat pour certaines populations. Comment les Français réagiraient-ils à une demande d’interdiction du commerce du fromage ou du vin rouge si l’on venait à découvrir que ces deux produits provoquaient régulièrement des épidémies ?’’

Obstacle culturel donc, qui, s’il devait être franchi, ne règlerait sans doute qu’une partie du problème. Car le défi est d’ordre civilisationnel. Dans une tribune pour l’Obs, le paléoanthropologue Pascal Picq rappelle que ‘’lorsque, voici 10 000 ans, nous avons commencé à nous grouper en villages, à cultiver la terre et élever des animaux, les virus se sont aussi invités…à nos côtés…Et voilà qu’aujourd’hui, les humains sont les meilleurs alliés des virus par leurs activités frénétiques’’.

Les atteintes à l’environnement, associées à une mondialisation des mobilités, servent d’effet cocktail. Comme l’écrivaient déjà mi-février deux chercheurs de l’Institut de recherche pour le développement, dans un article pour The Conversation, ‘’les activités humaines entrainent…d’importants bouleversements de la biodiversité. Ces perturbations se produisent dans un contexte de connectivité internationale…Il s’agit là des conditions optimales pour favoriser le passage à l’être humain de micro-organismes pathogènes provenant des animaux.’’

‘’Finalement, tout se tient’’ écrit l’écrivain Frédéric Boyer dans son bloc-notes pour le journal La Croix, ‘’si nous avions été plus soucieux du vivant, des espèces, de notre fragile diversité, moins avides, moins injustes, si nous n’avions pas laissé des continents entiers dans la pauvreté, la violence, le chaos, peut-être que le destin du pangolin eut été changé’’

Et le nôtre aussi du coup, par la même occasion. J’ai cité beaucoup d’articles dans cette chronique, je vous invite à les lire. Et je laisse conclure Pascal Picq, pour ce qui me semble être une excellente morale à tirer de cette tragédie : ‘’Homo sapiens se pense trop souvent comme le chef-d’oeuvre de l’évolution, il serait temps qu’il ait la sagesse de comprendre qu’il est l’hôte d’une nature où dominent les micro-organismes, dont les bactéries et les virus, les véritables surdoués de l’évolution’’.Hervé Gardette

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